Depuis 1983, Pascal raconte dans des cadres très différents, festivals, bibliothèques, à des publics très différents enfants en milieu scolaire, aux détenus à la prison de Fleury-Mérogis, aux adultes, aux handicapés, aux personnes âgées. Facilement il adapte les contes qu'il connait si bien. Ils sont vivants et comme un écho, il consentent à se modifier en fonction des différents auditeurs.

Ils en disent... ils ont écrit et envoyé.

 Mars 2017 - Lettre de Catherine Caillaud Conteuse, Ardèche.

En vieux briscard de la parole, Pascal Quéré a commencé par mettre le public dans sa poche. Il l'a conquis par le rire, et le rythme trépidant d'une parole maîtrisée à la seconde. En véritable maître des mots il a enchaîné menteries et contes de randonnées. Il l'a précisé, certains dans les contes de randonnées font participer le public. Lui non, il maîtrise le débit qui s'accélère de façon fulgurante du début jusqu'à la fin. Quand je repense à ce moment, je le vois étincelant, son visage expressif, son corps fluide et présent, sa voix tambourinant et ses bras qui moulinent à la suite des personnages.

Puis, au bout d'une vingtaine de minutes, nous entrons dans un deuxième temps. Le débit ralentit. Il se pose sans devenir pesant. Le conteur ouvre la porte d'un conte merveilleux. Il le déroule avec simplicité. Annonçant des choses puissantes qui pourraient sembler mièvres si le ton employé n'était pas juste : " Ils s'aimaient d'un amour si grand, que tous autour d'eux en étaient transformés et chacun s'en aimait davantage " . Plus on avance dans le conte, plus le débit ralentit. 

 Les mots semblent sortir presque avec hésitation de la bouche  du conteur. 

On pourrait croire qu’il improvise ou qu’il raconte ce récit pour la première fois. 

La parole devient pudique, disparue l'exubérance du début de la veillée

                                             Les mots précieux sont savourés, pesés avant d'être partagés.                                         Parfois, ils disparaissent au profit d'un regard accompagné d'un : " et hum... " qui laisse le soin au public de trouver lui même le mot manquant.

Quand je repense à ce moment, le conteur s'est complètement effacé et

j'ai en tête les images très précises de l'histoire. 

 Les marches d’escaliers de la maison au pieds desquelles est la tombe de la femme aimée , par exemples : elles sont en pierres, recouvertes, d'un peu de mousse et un lierre fleuri grimpe contre le mur de pierres sèches. Pourtant, rien de tout cela n'a été décrit ! Pascal a juste raconté en laissant le temps à chacun de se glisser dans son cinéma intérieur. Et dans notre cœur, nous sommes vrais, nous sommes forts et pas cyniques. Rien de plus connu semble t il qu'un conte merveilleux ? Pourtant , voici  ce conte qui nous surprend.                                                                                                                                                                                                                           On s’accroche pour en connaître la suite.                                                                                                                                                   Les mots, pourtant mille fois entendus ne sont pas usés.                                                                                                                            Les images mille fois rencontrées dans les récits illustrés se redessinent de façon unique.                                                                       Le conte se poursuit, et nous atteignons une région très profonde lovée en nous-même.                                                                      Cet  instant miraculeux où la sensibilité n'est pas sensiblerie et où profondeur rime avec vérité et douceur.

Voici l’agneau qui chante avant d’être abattu par le cuisinier de la marâtre. Son chant est poignant et nous attriste. De façon fugace , j’aperçois , Pascal : c’est lui qui chante. Je repars dans l’histoire : le cuisinier ne restera pas insensible. Celui qui fanfaronnait en maître de la parole s'est effacé. J'y suis d'autant plus sensible qu'en tant que conteuse, j'aime bien garder la maîtrise de la narration de bout en bout. J'enchaîne les images, et travaille pour rester le chef d'orchestre de tout ce qui claque, vibre , réjouit et frissonne. Mais peut-être que lorsque tu maîtrises parfaitement tout cela, il faut accepter de l'abandonner ? En disparaissant, Pascal Quéré pourrait bien montrer une voie qui conduit au cœur du métier de conteur ? Car ne nous trompons pas cet effacement n'est qu'une illusion. Il est toujours resté maître de son histoire et ne nous a jamais abandonné à une rêverie sinueuse et incertaine. Discrètement, par petite touche , il nous a gardé dans sa voix, et dans l'histoire. Après cette plongée en profondeur, Pascal sait qu'il nous doit nous ramener. Suivent deux contes de sagesse, ce qu'il faut de légèreté poétique pour revenir aux autres en douceur. Le public ne s'y est pas trompé et comme moi a été enthousiasmé par ce moment unique que nous avions vécu ensemble. Il est 21h pile, les applaudissements et les bravos remercient le conteur. C’est un pro, plus de quarante ans qu’il conte... ça ne s’improvise pas vraiment l’art de conter !

 

Catherine Caillaud, Conteuse
Directrice artistique de CONTES sous le Tilleul et des Jeudis de la parole Animatrice de l’émission Paroles et mémoires sur Radio 16.

 


 Octobre 2013Lettre d'Edouard Larocque, Conteur à Québec

 

 La mille et unième nuit de Pascal Quéré
                                                      Le conteur français Pascal Quéré est venu recréer Les mille et une  nuits chez moi le 26 octobre dernier pour le plaisir de tous. Du conte à la maison pour vingt-cinq paires d’yeux et d’oreilles qui furent charmées et enchantées. C’était complet et tous se sont installés sur des chaises et des fauteuils dépareillés dans ce salon de contes improvisé. Au brouhaha d’avant le spectacle s’est installé la voix de Pascal qui lentement a révélé le décor, les personnages et la fascination comme un véritable sultan du conte.
                                                    De sa voix d’aède, il nous a menés dans cette épopée avec sûreté et doigté. Nous avons tous été emporté par cette marée irrésistible de mots et de sens et nous nous sommes retrouvés gens du voyage, gens de l’histoire, directement dans une de ces mille et une nuits.

                                                     Pascal Quéré manie l’art du chatoiement à merveille,

il sait varier les effets selon les nécessités du conte, jouer des silences, s’emporter tout à coup dans l’émotion du personnage, suspendre le drame, surprendre le cœur. 
Vous auriez dû entendre les applaudissements à la conclusion de l’histoire qu’il venait de nous livrer comme un trésor fraîchement découvert, dans une simplicité dont nous percevions cependant toute la complexité.

                                                      Vous auriez dû être là pour cette libération d’énergie qui a suivi le spectacle. Pendant plus d’une heure, chacun parlait à nouveau des péripéties de l’histoire, de ces moments qui l’avaient particulièrement touché, se contait finalement à sa façon cette mille et unième nuit. Pascal Quéré est venu chez moi nourrir le feu vivant du conte. Et ma maison vibre encore de cette soirée fertile et mémorable… qu’il me fallait absolument vous raconter un brin.

                   Soyez du voyage, la prochaine fois !


            Ronald Larocque, conteur, poète et écrivain.