Depuis 1983, Pascal raconte dans des cadres trés différents, festivals, bibliothèques, à des publics trés différents enfants en milieu scolaire, aux détenus à la prison de Freury-Mérogis, aux adultes, aux handicapés, aux personnes agées. Facilement il adapte les contes qu'il connait si bien. Ils sont vivants et comme un miroir il savent ....

Revue "La Grande Oreille"     2018                      n° 67/68

Pascal QUÉRÉ

 

                                                                                                                    pages 224 et 225  entretien conteur

L’œil du conteur, Pascal Quéré

Fondateur de la revue Dans le vivier du conte, Pascal Quéré offre depuis bientôt deux ans une série de films intitulée « Être conteur aujourd’hui ? » (YouTube). Pour en savoir plus, nous l’avons rencontré.

Comment avez-vous commencé à raconter ?

J’ai eu la chance de débuter très jeune, à 17 ans. J’ignorais tout du monde du conte et des conteurs. Animateur pour une colonie de vacances avec des enfants de 8 ans, il me fallait un projet pour un mois. Il était évident que j’al- lais raconter une histoire longue. J’ai choisi un roman d’Alexander S. Neill, Le Nuage vert. Je trouvais ce livre tellement profond et inventif que je m’en suis inspiré pour tenir en haleine les enfants. L’originalité était que les enfants à qui l’auteur s’adressait étaient eux-mêmes les héros. Il leur donnait dans l’histoire un rôle très dif- férent de celui qu’ils avaient dans la vie : le casse-cou devenait timoré et inversement.

Ensuite j’ai travaillé 10 ans dans une école maternelle en tant qu’animateur. Je leur lisais beaucoup d’albums que nous allions choisir ensemble à la bibliothèque et des histoires inspirées de films. À force de les dire, je les connaissais par cœur et les racontais avec aisance.

Au cours de cette période- là, en février 1982, la direc- trice de l’école me parle d’une série de conférences, desti- née aux enseignants, animée par une conteuse. J’obtiens l’autorisation d’y assister. Je rencontre Catherine Zarcate et le conte, j’entrevois la puissance fantastique de ces récits. Ce jour-là, tout com- mence. Ensuite je me suis formé auprès de différents conteurs. Mes préférences du début sont restées les mêmes :

Grimm, Les 1001 Nuits, La Table Ronde. Puis j’ai été sol- licité pour animer des formations de contes à l’Age d’Or de France, au Centre de Littérature orale (CLiO), au Centre Méditerranéen de Littérature Orale (CMLO), etc.

Pourquoi réaliser aujourd’hui des films documentaires sur les conteurs ?
Adolescent, sans télévision à la maison, j’étais passionné par la radio. J’ai écouté un certain nombres d’anima- teurs-narrateurs. Leurs voix et leurs histoires m’ont fait voyager et m’ont procuré des images merveilleuses. Et puis, Jacques Chancel et ses « Radioscopies ». Cet homme remarquable arrivait en une heure à pénétrer dans la vie de quelqu’un et à le faire parler profondément, il m’a beaucoup influencé.

Il y a trois ans, je suivais au CMLO un séminaire de réflexion sur « la critique du conteur ». S’est posée une question à laquelle j’ai toujours été sensible, celle des « traces » que laissent les conteurs : programmes, cap- tations de spectacles, enregistrements, entretiens, etc. Si le conte a toujours existé, nous avons malheureusement peu de témoignages sur les conteurs traditionnels.

Je travaillais à ce moment-là avec une conteuse de ma région. Un jour elle m’a demandé de la filmer. Cette idée des documentaires est partie de là. Je conçois ce travail dans la continuité de celui que j’ai fait, de 1994 à 1999, avec la revue Dans le vivier du conte, dans laquelle je publiais des articles de fond, des entretiens sur le conte et les conteurs.

Quels genres de conteurs avez-vous interviewé ?

Au début, j’ai proposé à ceux que je connaissais de les filmer. Puis je suis allé vers les conteurs que je connaissais

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moins, voire pas du tout. Actuellement, je choisis de filmer des personnes qui content depuis une vingtaine d’années, afin qu’elles puissent témoigner de leur parcours et de leur évolution. Il m’est arrivé dernièrement, au festival de contes de Palabrages, de faire la connaissance d’un conteur du Togo. Comme j’ai été intéressé par sa façon de conter, par sa personne et sa parole, je lui ai proposé de parler devant ma caméra. Je tiens à interroger, en complément, des personnes qui côtoient les conteurs, regardent leur tra- vail. Je suppose qu’ils ont des choses à dire qui peuvent aider les conteurs dans leurs pratiques, leurs réflexions. J’ai aussi réalisé un documentaire à l’occasion des 10 ans du festival Palabrages (2014).

Ce que j’ai souhaité privilégier, dès les premiers films, c’est la rencontre. Trop de préparation risquerait de ne pas laisser au conteur sa pleine liberté de parole, de lui faire dire ce que j’attends et qu’il peut avoir déjà dit par ailleurs. Quand je ne connais pas ou très peu les conteurs, je me suis aperçu que j’étais disponible autrement, qu’il m’était plus facile d’entrer dans leur univers que je découvrais. Je tiens au respect de la personne et de l’instant présent.

Comment se passe l’entretien ?

Avant de rencontrer le conteur, je lui envoie une liste de thèmes et de questions que je souhaite qu’il aborde. Je

l’invite à parler de son parcours, son évolution, ses coups de cœur, ses réflexions. Certains préparent la rencontre, d’autres non. Pour que le film soit argumenté, et ne pas rester dans les généralités, je lui demande de consacrer un moment de l’entretien à un conte de son répertoire. Pendant le tournage, je laisse parler le conteur de façon à ce qu’il oublie la caméra. Il doit se sentir en confiance pour que sa parole soit fluide. Pour la phase du montage, deux heures de rushes sont nécessaires pour un film de 40 minutes. Dans la mesure du possible, je filme le conteur chez lui. Je trouve que ça ajoute quelque chose au contenu, sachant que cela le dévoile un peu plus...

Pourquoi n’avez-vous pas filmé les conteurs en situa- tion de conter ?
J’estime que c’est un privilège de pouvoir écouter une parole plus personnelle à laquelle il n’est pas aisé d’avoir accès. S’approcher, l’écouter dans ce qu’il a à dire d’essen- tiel me semble plus important que de capter un moment conté.

Par ailleurs, un conteur en train de raconter n’est pas du tout dans la même énergie. Filmer ce moment-là m’obli- gerait à m’éloigner. Or je veux privilégier la proximité. La caméra est posée à moins d’un mètre, le conteur me parle. Je veux rester dans cette relation intime.

Françoise Diep enregistrée pour la série de films « Être conteur aujourd’hui ».

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Quelle est l’étape suivante ?

Je réalise le montage avec le désir que chaque personne soit mise en valeur et honorée pour ce qu’elle est et ce qu’elle fait. Cela demande des heures de visionnage afin de choisir les moments essentiels. Je suis attentif au rythme en alternant passages vifs et plus calmes. J’accorde beau- coup de soin au travail de montage, je l’aborde comme je prépare un récit.

Je suis capable de recommencer plusieurs fois le mon- tage et même de retourner filmer si le conteur ou moi ne sommes pas satisfaits du résultat. Il y a des conteurs que cette situation intimide. Certains ont découvert qu’ils avaient un trac fou. Le film terminé, je le visionne avec le conteur. Rien n’est diffusé sans son accord. Tous se sont sentis respectés et m’ont remercié. Le film est ensuite accessible sur YouTube ou sur mon blog (etreconteurau- jourdhui.blogspot.com). J’ai eu quelques retours de per- sonnes auxquelles je réponds chaque fois. Je demande aux conteurs déjà filmés de me transmettre ceux qu’ils reçoivent. Une conteuse m’a dit que grâce à ce film, sa famille avait changé de regard sur elle. Ça m’a fait plai- sir. J’espère que dans vingt ans ces témoignages pourront aider les nouveaux conteurs.

S’agit-il de collecter une mémoire et de la transmettre ?

Non, sinon j’aurais procédé autrement. C’est un tout autre travail que je n’aurais certainement pas fait tout seul mais avec une équipe. J’aurais davantage préparé chaque ren- contre, défini des catégories de conteurs à rencontrer. Cela aurait été un travail de réflexion, de sociologue alors que je suis conteur ; je souhaite faire honneur à ce métier et aux conteurs que je filme.

Après toutes ces rencontres, pouvez-vous dire à ce jour ce qu’est : être conteur aujourd’hui ?
Il n’y a pas une réponse, voilà qui est intéressant ! Il n’y a pas une façon d’être conteur aujourd’hui, mais une variété de pratiques et de grandes richesses artistiques. Certains vont chercher appui sur la forme de la parole, le rythme, etc. D’autres vont travailler davantage l’imaginaire, d’autres le contexte culturel, parfois même le contexte historique. Aujourd’hui, grâce à internet, chacun peut avoir accès à un art qui est en train de se redécouvrir, de s’inventer ou de se ré-inventer. Il y a quelque chose de très touchant, d’audacieux, d’inventif, de puissant et d’aléatoire.

Est-ce que cela vous a changé dans votre façon d’être conteur ?
Depuis quelques années, je me suis rapproché du cinéma

Abbi Patrix, Véronique Aguilar, Thérèse Perras, Alain Gaussel

comme le « cousin germain » du conte. J’ai mis en œuvre certaines pratiques empruntées au 7e art, seulement je l’ai fait de façon intuitive, sans oser m’aventurer très loin. Depuis que je filme les conteurs, je suis obligé d’utiliser des techniques de prises de vues, de montage, et j’en ai extrait une sorte de catalogue de tout ce qu’il est possible d’adapter concrètement au travail de narration. En tant que conteur, j’y ai gagné en précision ; je conte de façon plus active, plus riche visuellement, axée sur le mouvement et le rythme. Et comme je ne dissocie jamais conte et forma- tion, en tant que formateur je propose des pistes précises et riches de possibilités pour aider les participants à être plus audacieux.

Propos recueillis par Ghislaine Chagrot et Céline Murcier A VOIR

Vidéo de la série «Être conteur aujourd’hui» avec Françoise Diep.

www.lagrandeoreille.com/voir/675

conteurs

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Décembre 1995,  Vianne ,   Lot et Garonne, Sud/Ouest

Le public était en parfaite symbiose avec Pascal QUÉRÉ.

       Tout de noir vêtu comme la "Nuit des mille et une nuits", Pascal Quéré à transporté son public au fin fond de ce pays imaginaire ou Schéhérazade, reine d'un jour, essaye d'ouvrir les yeux de son cruel mari .....

       Que dire de ce conteur si ce n'est qu'il a enthousiasmé les nombreux spectateurs venus au centre culturel de la Bastide. Comme rarement le font les conteurs, Pascal Quéré, enchanté par l'accueil chaleureux et l'agréable ambiance, à proposé au public ravi une prolongation de son spectacle après la collation qui normalement devait clôturer cette sympathique soirée.

          Photo " La Dépêche"



Octobre 1997, Wissant dans le Nord/Pas-deCalais.

les foyers rureaux organisateurs du festival " Conteurs en Campagne".


MAI 1998, le Berry Républicain vers Bourges (journal local)


Octobre 1999, Colmar, Bibliothèque de Prêt du Haut  Rhin, formation


Décembre 2001,  le journal L'express consacre une page entière       



Festival du        "Conte en Litt'orale "    2 eme Edition du 17 au 22 Juillet 2018

Directeur Artistique : Pascal Quéré

Juillet 2017 

sur la plage de Palavas-les-Flots

Les  " Mille et unes Nuits"

à la tombée de la nuit ...